La Competition and Markets Authority (CMA) britannique vient d’imposer deux nouvelles obligations à Google sur son activité de recherche. L’une porte sur la transparence du classement organique, l’autre sur la portabilité des données de recherche. Pour les éditeurs et affiliés qui vivent du SEO, la première est celle qui compte.
Ce que la CMA impose concrètement
Selon Search Engine Journal, Google doit désormais respecter quatre obligations dans le cadre du “fair ranking requirement” :
- Classer les résultats organiques selon des critères objectifs et non discriminatoires
- Communiquer ces critères de manière plus claire aux acteurs concernés
- Donner un préavis avant tout changement significatif de classement
- Mettre en place un canal officiel pour que les entreprises puissent signaler un problème
Le délai d’implémentation est de six mois pour le fair ranking, trois mois pour la portabilité des données. La CMA surveille la conformité via des rapports réguliers et peut ajouter d’autres mesures si nécessaire.
Les AI Overviews dans le périmètre
C’est le détail qui change tout : l’obligation couvre les résultats organiques, y compris ceux affichés dans les AI Overviews. Les résultats sponsorisés en sont exclus.
Concrètement, ça veut dire que le classement dans les réponses générées par l’IA de Google est soumis aux mêmes exigences de transparence et d’équité que le ranking organique classique. C’est une première. Si tu travailles sur ta visibilité dans les AI Overviews, cette décision renforce l’idée qu’il faut traiter ce canal avec la même rigueur qu’une position 1 traditionnelle. J’en parlais déjà dans mon analyse sur le query fan-out et la sélection des sources par les IA : être bien classé ne suffit plus, encore faut-il être sélectionné.
La réponse de Google
Google conteste la prémisse. Un porte-parole cité par Press Gazette affirme que « les systèmes de classement sont équitables, transparents et montrent les résultats les plus pertinents et de meilleure qualité ».
C’est une position défensive classique. La réalité terrain est différente : des éditeurs et des marchands britanniques ont témoigné auprès de la CMA que les mises à jour arrivent sans prévenir, que leur logique est opaque, et qu’il n’existait aucun recours structuré en cas de perte de trafic brutale. Si tu as déjà traversé un Core Update de mai 2026 ou un déploiement similaire, tu vois exactement de quoi il s’agit.
La portabilité des données : contexte et enjeux
La deuxième obligation transforme une API existante (volontaire) en obligation légale. Les utilisateurs britanniques peuvent déjà partager leurs données de recherche avec des services tiers via la Data Portability API de Google. Le problème : l’accès était instable, ce qui bloquait le développement de produits (comparateurs de shopping personnalisés, cashback, etc.).
Cette mesure aligne les droits des utilisateurs britanniques sur ceux des Européens dans le cadre du Digital Markets Act. C’est une logique réglementaire de convergence post-Brexit, pas une rupture.
Contexte réglementaire : où en est-on ?
Google a obtenu le statut de “strategic market status” en général search et search advertising au Royaume-Uni l’année dernière. Ce statut ne signifie pas que Google a enfreint la loi de la concurrence : c’est un déclencheur de surveillance renforcée, pas une condamnation.
La CMA agit par étapes. Ces deux nouvelles obligations s’ajoutent à une décision de début juin qui donnait aux éditeurs plus de contrôle sur l’utilisation de leur contenu par les fonctionnalités IA de Google. J’avais couvert ce sujet dans l’article sur Search Console, rapport IA et blocage de contenu. D’autres mesures sont attendues cet été.
Ces obligations ne s’appliquent qu’au Royaume-Uni pour l’instant. Mais la pression réglementaire est similaire aux États-Unis (procès DOJ) et dans l’UE (Digital Markets Act). Ce qui se décide à Londres peut préfigurer ce qui arrivera ailleurs.
Ce que ça change pour toi
Pour un éditeur ou un affilié, l’obligation de préavis est la plus utile à court terme. Si elle est bien implémentée, elle permettrait de savoir à l’avance qu’un changement de ranking est en préparation, de préparer ses contenus plutôt que de subir une chute de trafic sans explication.
En pratique, plusieurs questions restent ouvertes :
- Que veut dire “significatif” ? La CMA devra définir un seuil. Un ajustement mineur d’algorithme déclenche-t-il le préavis ou seulement un Core Update complet ?
- Quel délai ? “Advance notice” ne précise pas si c’est 24 heures ou 6 semaines.
- Le canal de réclamation sera-t-il utile ? Une boîte mail de contact n’est pas la même chose qu’une commission d’arbitrage.
L’obligation de critères objectifs et non discriminatoires est plus structurelle. Si Google doit documenter ses critères de classement et justifier les écarts, cela rend potentiellement plus difficile un traitement différencié entre ses propres services et des éditeurs tiers. C’est exactement ce que les régulateurs cherchent à contrecarrer depuis des années.
Pour ceux qui construisent une stratégie SEO durable, la leçon reste la même : diversifier ses sources de trafic, produire du contenu qui satisfait l’intention de recherche, et ne pas dépendre d’une seule position dans une SERP qui peut être modifiée du jour au lendemain. J’en ai posé les fondations dans mon guide sur la recherche de mots-clés et la base du SEO.
Si tu gères plusieurs projets d’affiliation ou de contenu SEO et que tu cherches une approche plus systématique, c’est aussi ce sur quoi travaille mon agence AskOptimize : construire des structures éditoriales qui résistent aux mises à jour plutôt que de surfer sur chaque changement.
Mon avis
Cette décision de la CMA est utile mais son impact dépend entièrement de l’implémentation. Un préavis flou ou un canal de réclamation symbolique ne changeront rien au quotidien d’un éditeur. Ce qui serait réellement utile : une définition claire de “changement significatif” et un délai de préavis mesurable. Jusqu’à ce que Google publie le détail de sa mise en conformité, je prends ça comme un signal positif, pas comme une garantie.
FAQ
Le fair ranking requirement s’applique-t-il à toute la recherche Google ou seulement à l’organique ?
Il couvre uniquement les résultats organiques, y compris ceux affichés dans les AI Overviews. Les annonces payantes (résultats sponsorisés) sont explicitement exclues du périmètre.
Quand Google doit-il mettre en place ces obligations au Royaume-Uni ?
Six mois pour le fair ranking (critères, préavis, canal de réclamation), trois mois pour la portabilité des données de recherche.
Ces règles s’appliquent-elles en France ou en Europe ?
Non, uniquement au Royaume-Uni pour l’instant. L’UE dispose de son propre cadre via le Digital Markets Act, mais les obligations ne sont pas identiques.
Le préavis avant changement de ranking signifie-t-il que Google va publier ses algorithmes ?
Non. L’obligation porte sur le préavis avant changements significatifs et sur des critères généraux. Elle ne force pas Google à divulguer son algorithme de ranking dans le détail.
Qu’est-ce que la portabilité des données de recherche change pour les utilisateurs britanniques ?
Les utilisateurs britanniques peuvent déjà partager leurs données de recherche via une API. La CMA en fait une obligation légale pour que les services tiers (cashback, comparateurs) aient un accès fiable et stable à ces données.



